L’alternariose s’impose comme une des maladies fongiques les plus redoutées au potager, menaçant surtout les cultures de tomates, pommes de terre, aubergines, mais aussi carottes et choux. Liée à des conditions climatiques favorables à la prolifération des champignons, elle provoque rapidement des dégâts visibles et compromet la récolte si elle n’est pas diagnostiquée et traitée à temps. Comprendre ses symptômes spécifiques selon la plante, identifier les facteurs de risque et appliquer sans délai les méthodes de prévention et de lutte naturelle, voilà les réflexes à intégrer pour préserver la santé de ses cultures.
Comment reconnaître l’alternariose selon la plante touchée ?
Les symptômes de l’alternariose se manifestent différemment selon les espèces végétales, rendant le diagnostic parfois délicat. Chaque plante présente toutefois des signes caractéristiques qui permettent d’agir avant que l’infection ne s’étende à l’ensemble du potager.

- Tomate : apparition de taches sombres, de 4 à 7 mm, sur les feuilles basses, suivies d’un jaunissement puis d’une nécrose complète du feuillage. Sur les tiges et pédoncules, des lésions allongées et concentriques apparaissent. Les fruits montrent des taches noires déprimées de 1 à 2 cm près du pédoncule, parfois recouvertes d’un feutrage noir.
- Pomme de terre : taches noires arrondies sur les feuilles du bas, s’étendant vers le haut ; les tubercules montrent des lésions sèches et noires en creux, souvent visibles seulement après le début du stockage.
- Aubergine : symptômes voisins de ceux de la tomate : taches concentriques noires, qui s’élargissent et se creusent sur les fruits, les rendant impropres à la consommation.
- Carotte : petites taches brunes cerclées de jaune sur le feuillage, qui jaunit puis sèche rapidement, d’où le nom de « brûlure » ou « grillure ».
- Chou : taches sombres circulaires sur les feuilles, ceinturées de jaune, qui se nécrosent et provoquent la criblure du feuillage.
- Fruitiers (pommiers, poiriers, cognassiers) : chute du feuillage après apparition de taches, puis développement de lésions sur les fruits pendant la conservation.
Un point de vigilance : sur la tomate, ne pas confondre l’alternariose avec le “cul noir” (nécrose en bas du fruit) ou le mildiou (jaunissement puis brunissement généralisé du feuillage).
À quel moment et dans quelles conditions l’alternariose sévit-elle ?
Le champignon Alternaria profite d’une fenêtre de risque large, s’étendant d’avril à octobre. Les périodes les plus critiques correspondent à des températures modérées (autour de 18 à 25°C) et une forte hygrométrie. Les rosées matinales suivies de journées chaudes, les pluies fines répétées ou la condensation dans les serres créent un environnement idéal pour la germination des spores.
Le champignon hiverne dans le sol ou sur des résidus de plantes infectées, parfois plus d’un an. Au printemps, les spores sont disséminés par le vent, la pluie, les outils ou le contact entre plantes. Le manque d’aération, notamment sous serre ou tunnel, accélère la propagation.
La répétition des rosées matinales ou des faibles précipitations déclenche des épidémies rapides, surtout si le feuillage reste humide plusieurs heures d’affilée.
Quels dégâts attendre si l’alternariose n’est pas maîtrisée ?
Les dégâts varient selon la précocité et l’intensité de l’attaque. Une infection précoce, durant le printemps ou le début d’été, peut entraîner :

- Chute prématurée du feuillage : la plante, privée de ses feuilles, ralentit sa croissance et sa production.
- Nécrose des organes : si la tige est atteinte, toute la partie située au-dessus de la lésion meurt, privant la plante de ses fruits ou fleurs.
- Développement de pourritures secondaires : les lésions sur fruits servent de porte d’entrée à d’autres champignons ou bactéries, accélérant la dégradation.
- Chute des fruits : les fruits touchés deviennent impropres à la consommation, parfois avant même la récolte.
Sur les cultures de conservation (pommes de terre, carottes, fruits), l’alternariose peut ne devenir visible qu’après stockage, provoquant des pertes importantes sans solution curative.
Comment prévenir l’apparition de l’alternariose ?
La prévention reste l’arme la plus fiable, car il n’existe pas de traitement miracle une fois la maladie installée. Quelques gestes simples permettent de limiter drastiquement les risques :
- Espacer suffisamment les plants, pour garantir une bonne circulation de l’air et un séchage rapide du feuillage.
- Rotation des cultures : ne replantez pas de solanacées (tomate, aubergine, pomme de terre) ou carottes au même endroit deux années de suite.
- Éviter la proximité des plantes sensibles : séparez tomates, aubergines et pommes de terre pour limiter la contamination croisée.
- Installer des plantes compagnes (notamment la tagète rose d’Inde), connues pour freiner la germination des spores d’Alternaria.
- Récolter uniquement des graines sur des plants sains, pour ne pas disséminer la maladie d’une saison à l’autre.
- Enrichir et équilibrer le sol, car une plante vigoureuse résiste mieux aux agressions fongiques.
- Arroser au pied et non sur le feuillage, pour éviter l’humidité persistante.
- Éliminer les résidus de culture malade dès la fin de saison, pour ne pas laisser de champignon survivre dans le sol.
Quels traitements naturels et actions immédiates en cas d’attaque ?
Face à une attaque d’alternariose, la réactivité s’impose. Les traitements naturels limitent sa progression mais ne permettent pas d’éradiquer le champignon si l’infection est massive. Les gestes à adopter :
- Supprimer immédiatement toutes les parties atteintes (feuilles, fruits, tiges), en évitant de les composter.
- Renforcer la plante : des pulvérisations de décoctions de prêle ou de purin d’ortie peuvent stimuler les défenses naturelles.
- En cas de conditions très humides, abriter temporairement les cultures ou ventiler les serres au maximum.
- Limiter les arrosages aux moments où le feuillage sèche rapidement, jamais en soirée.
| Traitement naturel | Action principale | Moment d’application |
|---|---|---|
| Décoction de prêle | Renforce les défenses, antifongique léger | Préventif, dès le début du printemps |
| Purin d’ortie | Stimule la résistance générale | Préventif ou en soutien après suppression des parties malades |
| Bicarbonate de soude (dilué, pulvérisation) | Rend le feuillage moins accueillant pour les spores | Curatif léger, en début d’attaque |
Les produits fongicides homologués pour l’agriculture biologique restent autorisés en dernier recours, mais leur efficacité est limitée si la maladie est déjà étendue. Il est donc inutile d’espérer “sauver” une culture très atteinte avec un simple traitement : l’élimination physique des foyers et l’hygiène du potager priment.
Pièges et erreurs à éviter face à l’alternariose
Certains réflexes aggravent la situation :
- Composter les résidus infectés : le champignon survit et pourra contaminer d’autres cultures via le compost.
- Arroser par aspersion (sur le feuillage) : cela favorise la dissémination des spores et maintient l’humidité nécessaire au champignon.
- Retarder la suppression des parties atteintes : l’infection progresse alors plus vite, parfois sur toute la parcelle.
- Planter trop serré : l’air circule mal, l’humidité stagne, les spores germent plus facilement.
Prendre les devants : ne pas attendre l’alerte pour agir
L’alternariose n’épargne aucun jardinier, même aguerri, dès lors que la météo s’y prête. Plutôt que d’espérer un remède miracle, mieux vaut intégrer à chaque saison une routine préventive : rotation des cultures, aération, choix de variétés robustes et suppression systématique des foyers suspects. Ce sont ces gestes réguliers, plutôt qu’un traitement appliqué dans l’urgence, qui font la différence entre récolte sauvée et potager décimé. Si la maladie s’installe malgré tout, il ne faut pas hésiter à sacrifier quelques plants pour préserver le reste de la parcelle. Le réflexe d’élimination rapide reste votre meilleur allié contre ce champignon tenace.






