Sur les arbres fruitiers comme sur les arbustes d’ornement, l’entomosporiose fait partie de ces maladies fongiques qui, sans surveillance, peuvent affaiblir durablement vos plantations. Taches sur les feuilles, chute prématurée du feuillage, fruits déformés : ce champignon prolifère surtout lors des saisons humides, et impose des mesures précises pour limiter ses dégâts. Connaître les symptômes, instaurer les bons réflexes de prévention et choisir un traitement adapté font la différence entre une saison compromise et une récolte préservée.
Quels arbres et arbustes sont concernés par l’entomosporiose ?
Le champignon responsable de l’entomosporiose, Entomosporium maculatum, cible principalement les espèces de la famille des rosacées. Au verger, le cognassier reste le fruitier le plus sensible, mais le poirier, le pommier, le nashi et le néflier peuvent également subir des attaques. Du côté des arbustes d’ornement, la maladie n’épargne ni les photinias, ni les rosiers, ni l’aubépine, ni l’amélanchier, ni le cotonéaster.

Les plantes attaquées ne meurent pas systématiquement, mais leur développement se trouve ralenti et leur capacité de production compromise. Chez les espèces ornementales, l’aspect esthétique en pâtit : feuillage jauni, branches dénudées, fruits marqués ou avariés.
Comment reconnaître une attaque d’entomosporiose ?
Les premiers signes apparaissent le plus souvent sur les jeunes feuilles, environ dix à quatorze jours après l’infection. L’observation attentive permet d’agir avant que le champignon n’ait trop progressé.
- Taches sur les feuilles : arrondies, parfois anguleuses, elles varient du beige au brun ou rougeâtre, avec une zone centrale plus claire parsemée de points noirs (les spores). Leur multiplication finit par provoquer une chute massive des feuilles.
- Atteintes sur les fruits : des lésions brunes ou noires, parfois crevassées, rendent les fruits impropres à la consommation et favorisent l’apparition d’autres pourritures.
- Propagation sur rameaux : en conditions fraîches et humides, le champignon peut aussi s’attaquer aux jeunes branches et pétioles.
Quelles conditions favorisent l’entomosporiose ?
L’entomosporiose se développe dès que l’humidité devient persistante, typiquement au printemps, en début d’hiver ou après des orages estivaux. Le champignon apprécie les températures inférieures à 20°C et se propage via :
- les éclaboussures causées par la pluie ou un arrosage mal pensé,
- le vent qui transporte les spores,
- les outils de taille non désinfectés.
Les arbres plantés trop densément ou taillés de manière à limiter la circulation de l’air sont particulièrement exposés. Une fertilisation excessive en azote ou un arrosage qui mouille le feuillage aggrave aussi le risque.

Prévenir l’entomosporiose : les gestes à adopter sans attendre
La lutte contre l’entomosporiose repose avant tout sur la prévention. Un plan d’action rigoureux réduit fortement la probabilité d’infection :
- Ramasser et éliminer les feuilles et fruits contaminés : ne jamais les composter, mais les brûler ou les déposer en déchetterie pour éliminer les spores hivernantes.
- Espacer les arbres et privilégier les tailles aérées : la lumière et l’air limitent l’humidité stagnante sur le feuillage.
- Désinfecter les outils : un passage à l’alcool ou à la flamme entre chaque arbre évite la propagation du champignon.
- Limiter l’apport d’azote : ce type de fertilisation rend les tissus plus vulnérables.
- Arroser au pied des arbres : éviter absolument de mouiller le feuillage, surtout lors des périodes à risque.
- Choisir des variétés résistantes : ce levier reste le plus fiable sur le long terme, notamment pour les vergers professionnels.
Quels traitements utiliser en cas d’infection ?
Lorsque la maladie est détectée, il faut intervenir rapidement, même si l’éradication totale reste difficile sur un arbre déjà atteint. Les traitements biologiques sont à privilégier, d’autant plus qu’ils s’intègrent sans risque dans une gestion naturelle du jardin.
| Traitement | Quand appliquer ? | Mode d’action | Remarques |
|---|---|---|---|
| Bouillie bordelaise | Avant et après floraison, puis à la chute des feuilles | Fongicide à base de cuivre, stoppe le développement du champignon | Respecter le dosage (20g/litre) ; autorisé en bio |
| Décoction de prêle | En préventif, deux pulvérisations espacées d’un mois | Renforce les défenses naturelles, action fongicide | Diluer à 20% |
| Chitosan liquide + traitement bio | En préventif, en début de saison humide | Active les défenses de la plante | Utiliser 10ml chitosan + 100ml traitement pour 1L d’eau |
| Chaux soufrée, bicarbonate potassium-soufre | Selon notice, en curatif | Action sur le champignon déjà installé | Respecter les précautions d’emploi |
| Fongicides conventionnels (myclobutanil, mancozèbe) | Cas d’infection sévère, sur conseil professionnel | Effet curatif, programme raisonné | Réservé à l’agriculture conventionnelle |
Pour les arbustes d’ornement, la stratégie reste la même : deux traitements préventifs, le premier en mai puis le second trente jours plus tard. Sur les fruitiers, il est conseillé d’agir à chaque étape clé du cycle végétatif. Une surveillance régulière du feuillage permet d’intervenir dès l’apparition des premiers symptômes et de limiter la propagation.
Les erreurs qui aggravent l’entomosporiose
Certains gestes involontaires créent des conditions favorables à la maladie :
- Laisser les feuilles tombées au sol : elles hébergent le champignon et servent de réservoir pour la saison suivante.
- Utiliser un sécateur non désinfecté : chaque coupe risque d’introduire les spores sur un nouvel arbre.
- Arroser le feuillage par aspersion : l’humidité persistante sur les feuilles est le terrain idéal pour la propagation.
- Planter trop dense : la proximité entre les sujets accélère la contamination.
- Surdoser l’azote : une croissance rapide mais fragile, très appréciée du champignon.
Faut-il traiter systématiquement ou privilégier la sélection et l’hygiène ?
Face à l’entomosporiose, la tentation est grande de multiplier les traitements. Pourtant, la véritable efficacité repose sur une combinaison : sélection de variétés peu sensibles, hygiène stricte au verger ou au jardin, gestion raisonnée de l’humidité et traitements préventifs en période à risque. Les interventions chimiques lourdes ne se justifient que dans les cas d’infection massive, après avoir épuisé toutes les autres solutions. Pour les amateurs comme pour les professionnels, c’est cette discipline qui fait la différence d’une année sur l’autre : anticiper, observer, et adapter les gestes pour des arbres vigoureux et des récoltes saines.






