Un arbre qui développe soudainement des excroissances ligneuses à la base du tronc ou sur ses racines peut voir sa vitalité décliner sans cause évidente. Ce scénario, courant chez de nombreuses espèces cultivées, signale souvent la galle du collet, une maladie bactérienne qui s’attaque à la fois aux vergers et aux cultures ornementales. Comprendre ses symptômes, ses modes de propagation et les mesures concrètes pour limiter sa progression devient alors un enjeu immédiat pour tout producteur ou jardinier soucieux de la santé de ses plantes.
À quoi reconnaît-on la galle du collet sur les arbres et plantes cultivées ?
Le signe le plus caractéristique de la galle du collet est la présence de tumeurs irrégulières à la jonction entre le tronc et les racines, ou parfois directement sur les racines principales. Ces excroissances, d’abord souples et blanchâtres chez les jeunes, deviennent ensuite dures et brunes. Leur taille peut varier de quelques millimètres à plusieurs centimètres selon l’âge de la galle et l’espèce atteinte.

Au fil du temps, ces tumeurs perturbent la circulation de la sève. Elles n’entraînent que rarement la mort immédiate de la plante, mais réduisent sa vigueur, la qualité des fruits ou fleurs produits, et la rendent plus vulnérable à d’autres maladies. Les arbres porteurs affichent souvent une croissance ralentie, des feuilles plus petites ou flétries, et une moindre production.
Comment la bactérie responsable infecte-t-elle les plantes ?
La galle du collet est causée par Agrobacterium tumefaciens, une bactérie du sol capable d’infecter plus d’un millier d’espèces de plantes, notamment la vigne, l’olivier, les arbres fruitiers à noyau et à pépins, de nombreux arbustes ornementaux (rosiers, chrysanthèmes, dahlias), ainsi que certains arbres forestiers.
L’infection ne se produit qu’en présence d’une blessure fraîche sur la plante : taille, greffe, morsure d’insecte ou choc mécanique. La bactérie pénètre alors dans les tissus, où elle transfère une portion de son ADN dans le génome végétal. Ce « piratage génétique » force la plante à produire des hormones de croissance de façon anarchique, menant à la formation de tumeurs. Ces tumeurs sécrètent également des substances qui nourrissent la bactérie, favorisant sa multiplication.
La dissémination d’Agrobacterium tumefaciens se fait principalement via :
- Les outils contaminés (sécateurs, greffoirs, etc.)
- L’eau d’irrigation ou de pluie, qui transporte la bactérie dans le sol
- Les animaux et l’homme, qui déplacent des particules de sol infecté
Quelles espèces sont les plus sensibles à la galle du collet ?
La liste des plantes sensibles s’étend bien au-delà des cultures fruitières classiques. Certaines familles, comme les Rosacées (pommiers, poiriers, pêchers, pruniers, rosiers), les Vitacées (vigne) et les Fabacées, comptent de nombreux hôtes potentiels. Les oliviers, en particulier la variété ‘Chemlali’ en Tunisie, ont montré une sensibilité marquée lors d’épisodes récents observés en verger.
La maladie est connue pour frapper aussi les pépinières, où elle compromet la commercialisation des jeunes plants, mais elle affecte également les cultures de plein champ et sous serre, avec des conséquences économiques notables.

Quels sont les facteurs de risque et modes de propagation à surveiller ?
Certains contextes favorisent l’apparition ou la gravité de la galle du collet :
- Sol naturellement porteur : la bactérie peut survivre de nombreuses années dans le sol sans plante hôte apparente.
- Multiplication végétative : le bouturage ou le greffage à partir de plants asymptomatiques mais porteurs amplifie la diffusion dans une parcelle ou une région.
- Blessures fréquentes : les opérations culturales ou le travail du sol qui endommagent les racines augmentent fortement le risque d’infection.
- Humidité excessive : l’eau, qu’elle provienne des pluies ou d’un arrosage mal maîtrisé, véhicule facilement la bactérie.
En pépinière comme au verger, la vigilance porte donc sur l’origine du matériel végétal et l’hygiène des pratiques.
Quelles mesures préventives limiteront l’apparition de la galle du collet ?
La lutte contre la galle du collet repose essentiellement sur la prévention, car il n’existe pas de traitement curatif efficace une fois la plante infectée. Voici les principaux axes à respecter :
- Choisir des plants sains : privilégier du matériel certifié indemne de la bactérie, inspecter soigneusement les racines et collets avant plantation.
- Désinfecter les outils : nettoyer et désinfecter systématiquement tout matériel de taille ou de greffe entre chaque plante.
- Éviter les blessures inutiles : manipuler les plants avec précaution lors de la plantation, limiter le travail du sol près des racines.
- Assainir les parcelles contaminées : ne pas replanter immédiatement dans les sols où des arbres malades ont été arrachés, attendre plusieurs années si possible.
- Contrôler l’irrigation : éviter les excès d’eau et les zones de stagnation qui facilitent la dispersion bactérienne.
En contexte professionnel, il peut être utile de recourir à des analyses de sol pour détecter la présence de la bactérie avant toute nouvelle plantation.
| Étape de prévention | Action concrète |
|---|---|
| Matériel végétal | Vérifier absence de tumeurs, choisir des plants certifiés |
| Outils et équipements | Désinfection rigoureuse après chaque usage |
| Gestion des blessures | Limiter les tailles, soigner les plaies avec un mastic si besoin |
| Rotation des cultures | Laisser reposer les sols contaminés plusieurs années |
Quels pièges éviter si la galle du collet apparaît malgré tout ?
La tentation de couper ou brûler les tumeurs n’apporte aucun bénéfice : la bactérie a déjà intégré le génome végétal et la plante continuera à en produire. L’arrachage des sujets atteints, suivi d’une évacuation en dehors de la parcelle, reste la mesure la plus fiable pour limiter la propagation. Replanter immédiatement dans le même sol est risqué, la bactérie survivant de longues années. Enfin, ne jamais composter les débris contaminés.
Faut-il renoncer à replanter ou agir différemment ?
La galle du collet ne condamne pas irrémédiablement une parcelle, mais impose de revoir ses choix et pratiques. Réintroduire des plantes sensibles dans un sol contaminé expose à de nouveaux échecs. Privilégier des espèces moins vulnérables, attendre la décrue naturelle de la population bactérienne ou faire appel à des tests de détection sont les meilleures options avant toute reprise de culture. Mieux vaut prévenir que s’acharner : la vigilance sur l’hygiène et l’origine des plants reste la parade la plus efficace contre cette maladie sournoise.






